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XIAOBEI LU
by Corentin Sauvage

XIAOBEI LU - BY CORENTIN SAUVAGE

"Cette oeuvre est ma plus ancienne présentée dans ce projet."

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Il s’agit d’un  portrait pris en 2012 au détour d’une rue, dans le quartier de Xiaobei Lu: la « petite Afrique » de la ville de Canton en Chine.

Alors vous vous demandez pourquoi ce portrait ? Ce quartier, comme beaucoup d’autres accueillant des migrants à travers le globe, est insalubre et accompagné de son lot de préjugés. 

Différentes communautés y cohabitent dans un dédale de ruelles étroites lui donnant des airs de favela. Il y a la une atmosphère et une énergie bien particulière.  Bref un lieu a part que j’ai adoré découvrir. Malheureusement avec le développement économique effréné que connait la Chine, ce type de quartier est voué à la destruction.

Tout comme le montre les images ci-dessous du quartier de Yangji : voyez comment les vieilles batisses sont abattus pour faire place à de grands buildings, symboles de modernité. La est le lien avec le bâtiment où nous réalisons cette exposition : cette ancienne clinique sera détruite prochainement pour y réaliser de juteuses opérations immobilières. Et je me demande dans tout cela, ce qui restera des moment de vie qui s’y sont déroulés.Ainsi au détour d’une ruelle, j’ai croisé cet homme à l’âge avancé dont j’ignore le nom. J’ai tout de suite remarqué son regard et ses sourcils rebels. Et avec toute l’audace de mes 24 ans je me suis approché pour lui demander si je pouvais lui tirer le portrait. Autant vous dire que j’ai appris à parler avec les mains et nous somme tombé d’accord : il acceptait seulement si lui aussi pouvais me prendre en photo.Au final notre discussion fut aussi brève que le nombre de clichés que j’en garde. Mais le souvenir est la. Bien encré dans ma mémoire.

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Coller son visage dans ce bâtiment sonne pour moi comme un hommage à ce monde d’antan. Un monde voué à disparaître, mais un monde qui peut se survivre à lui-même. Avec un peu d’envie et d’effort, sa mémoire restera ancrée dans l’esprit collectif. Tout comme celle des gens qui ont fréquentés les couloirs de cette clinique.

Corentin Sauvage

Corentin Sauvage

Corentin Sauvage

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GERONIMO

GERONIMO

"CE PERSONNAGE EMBLÉMATIQUE A SURVÉCU À LUI-MÊME ET IL ME SEMBLAIT AINSI ÉVIDENT D’ASSOCIER SON IMAGE ET SA MÉMOIRE À CE PROJET."

Un peu dans l’esprit du portrait de Xiaobei Lu, et avec le souci de m’exercer au collage, je vous présente ma version du fameux chef de guerre indien : Géronimo.

Ce personnage emblématique a survécu à lui-même et il me semblait ainsi évident d’associer son image et sa mémoire à ce projet. En effet, comme le disait si bien Jean Cocteau : “le vrai tombeau des morts est le cœur des vivants.” Et avec ce projet d’exposition virtuelle, mon souhait est ainsi de faire perdurer le souvenir de ce lieu au-delà de sa destruction. Ceci étant dit, permettez moi de vous rappeler qui fut “celui qui baille” : C’est l’histoire de Go Khla Yeh, plus communément appelé Géronimo après avoir défait l’armée mexicaine un jour de la sainte Jérôme. Ce chef de la tribu des Apaches a mené une existence peu commune : menant son peuple durant deux conflits successifs, pour défendre les terres des siens de l’invasion espagnol, puis nord-américaine. D’abord Chamane, puis chrétien, il a été tenu en estime par les plus hautes instances et personnalités de l’état américain. Bref, c’est ce que l’on peut appeler un “grand homme” ; le “phare” qui guidait son peuple. Maintenant, j’aimerais attirer l’attention des lecteurs sur les récits que l’on retient de ces derniers : nous avons tendance à les placer trop facilement sur un piédestal. Oubliant parfois qu’ils n’étaient que des hommes (et des femmes).

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Parce que c’est plus simple et parce qu’il est tentant d’idéaliser la réalité.
Je suis bien placé pour en parler : j’ai grandi avec la figure d’un grand-père irlandais ; lointain héros de la révolutionnaire qui mena cette petite île du nord de l’Europe à son indépendance. Étant déjà marié et compte tenu des convenance de l’époque, je retiens aussi que cet homme (aussi grand héros, fut-il) ne s’est pas occupé de sa fille comme il se devait. Et qu’il trompa tout son entourage en menant une double vie.. C’est ainsi que j’invite chacun à prendre le recul nécessaire afin d’appréhender le monde et notre histoire, avec précaution. En apprenant à tirer des enseignement des actes de chacun tout en gardant en considération que nous ne sommes que des être humains. Chacun menant son existence à son humble échelle.

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Saudades

Saudades

"ET SI TOUT DEVAIT S'ARRÊTER DEMAIN, QU’AURAIS-JE LAISSÉ DERRIÈRE MOI ?"

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Cette œuvre s’intitule ainsi en raison du regard de cette femme, mais aussi de mon rapport personnel au temps qui passe.

Pour ceux qui ne parleraient pas portugais, ce mot tant prisé des Brésiliens évoquent la nostalgie. Mais avec une intensité allant bien au-delà qu’en français. C’est une sorte de vague à l’âme aux contour vagues, que seuls ceux qui l’ont vécu peuvent la décrire.
Cette œuvre, je l’ai réalisé en plein confinement : l’appréhension d’un monde qui s’effondre et ces nombreuses heures à observer le temps qui s’écoule, m’ont naturellement invité à faire une introspection. En effet, qui n’a pas pris le temps alors de s’interroger sur le sens de sa propre vie ? Et si tout devait s’arrêter demain, qu’aurais-je laissé derrière moi ?

Encore une fois, quoi de mieux qu’un bâtiment amené à disparaitre, pour évoquer le sujet ?
Les formes géométriques qui composent ce personnage sont pour moi autant de choix et de décisions qui influent sur le cour de notre existence. Mais aussi sur notre environnement : j’ai ainsi profité de l’espace qui m’a été donné pour symboliser cela, avec cette extension de formes aux couleurs et aux dimensions variées. Celles-ci s’enchevêtrent et façonnent ainsi le paysage. Ici le mur de béton brute, qui évoque à la perfection ma réalité de citadin. Le tout sous notre horloge interne qui tourne, avec autant de certitude que tout cela prendra fin.

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Triptyque

Triptyque

"la vie est le fruit d’une interdépendance entre tous les éléments qui la compose"

Cette œuvre n’en est pas un à proprement parler, mais j’ai toujours été fasciné par les triptyques religieux que l’on retrouve dans les musées. Tant pour leur esthétique riche que pour leur symbolique.

En effet le chiffre trois fait référence à la trinité du père, du fils et du saint esprit : ces trois entités aux rôles distincts ne forment qu’une, en l’image de Dieu. Personnellement, je ne suis pas croyant et j’y vois surtout la une énième preuve, que la vie est le fruit d’une interdépendance entre tous les éléments qui la compose. Une sorte de bel et fragile équilibre qu’il nous incombe de préserver.

Ainsi le chiffre trois est associé à la vie et, par conséquent, au récit : chaque histoire a un début, un milieu et une fin. Tout comme la vie de chacun : la situation initiale, ou notre jeunesse, est le temps de l’apprentissage et de la découverte. Le décor est posé jusqu’à ce qu’intervienne l’élément perturbateur ; c’est alors l’heure des premiers choix.

L’âge adulte vient confirmer ou non la pertinence de ces derniers. C’est en narration ce que l’on nomme les “péripéties et éléments de résolutions”. Tout n’est pas encore figé et il est encore possible de prendre de nouvelles directions.
Puis enfin vient le temps de la conclusion, ou la fin de la/nos vies. La situation finale amène au bilan et aux conclusions, pour le peu que l’on puisse en déduire.

 

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Vous l’aurez compris, cette exposition virtuelle est placé sous la réflexion du temps qui passe, mais aussi du sens de la vie. Non sans prétention de pouvoir apporter des réponses à vos questions, mais en ce temps ou l’on en manque (de temps) je vous invite à la réflexion. Parce qu’il est bien trop facile de se plonger dans le travail et sa routine quotidienne. On évite ainsi l’angoisse des questionnements laissés sans réponses. Mais tôt ou tard nous sommes tous rattrapés par notre horloge et le temps du bilan fera surface. Et je souhaite à chacun de l’aborder avec sérénité. 

Sinon à quoi bon ?

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Corentin Sauvage

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